Comprendre · 7 min de lecture
Rats à Paris : pourquoi ils remontent, et ce que vous pouvez faire
Ce qui fait remonter les rats des égouts vers les cours et les caves, ce que dit la réglementation, et à qui signaler.
Publié le 3 septembre 2026
Le rat surmulot fait partie du paysage parisien depuis des siècles. Il vit dans les réseaux d'assainissement, le long de la Seine et des canaux, dans les parcs et les emprises ferroviaires, et il remonte vers la surface quand quelque chose l'y pousse.
Comprendre ce « quelque chose » est le seul moyen d'agir utilement à l'échelle d'un immeuble. Voici les causes réelles, et ce que vous pouvez obtenir.
D'abord, un chiffre à oublier
Vous avez sans doute lu que Paris compterait « six millions de rats », soit deux à trois par habitant. Ce chiffre circule depuis des décennies sans base méthodologique solide : il n'existe pas de méthode fiable de recensement d'une population de rongeurs souterrains à l'échelle d'une ville.
Ce n'est pas une nuance sans importance. Raisonner en nombre absolu entretient un sentiment d'impuissance, alors que ce qui compte en pratique est local : la présence de nourriture accessible et de gîtes autour d'un immeuble donné. C'est là-dessus qu'on agit, et c'est là-dessus qu'on obtient des résultats.
Les cinq causes d'une remontée
Quand des rats apparaissent dans une cour, une cave ou un local poubelles, une de ces causes est presque toujours en jeu.
- La nourriture accessible : conteneurs sans couvercle ou débordants, sacs déposés à même le sol, restes de restauration, nourrissage des oiseaux et des chats. C'est le facteur numéro un, et de très loin.
- Les travaux. Un chantier de voirie, une reprise de réseau ou une démolition détruisent des galeries et déplacent la population vers les immeubles voisins. Les apparitions soudaines dans un quartier calme s'expliquent très souvent ainsi.
- Un défaut sur le réseau : canalisation fissurée, siphon disjoint, regard non étanche, colonne d'évacuation abandonnée. Le rat remonte par où l'eau descend.
- Les espaces verts et les points d'eau : parcs, berges, pieds d'arbres, jardinières et composteurs offrent gîte et couvert à proximité immédiate du bâti.
- Un local poubelles mal tenu : porte qui ne ferme pas, sol souillé, conteneurs stockés à l'extérieur la nuit, absence de nettoyage. C'est la cause la plus fréquente à l'échelle d'une copropriété, et la plus facile à corriger.
Ce qui relève de qui
La répartition des responsabilités est le point qui bloque le plus souvent une situation, alors qu'elle est assez claire.
- Les parties communes (caves, cours, locaux poubelles, colonnes, vide-sanitaire) relèvent de la copropriété, donc du syndic.
- L'intérieur du logement relève de l'occupant, et du bailleur au titre de la délivrance d'un logement décent si l'infestation vient des communs ou préexistait.
- La voie publique, les égouts et les espaces verts municipaux relèvent de la Ville.
- Les règlements sanitaires départementaux imposent par ailleurs aux propriétaires de tenir les immeubles en état de propreté et de prendre les mesures nécessaires contre la prolifération des rongeurs. C'est le fondement d'une demande écrite au syndic.
À qui signaler
- Dans votre immeuble : au syndic, par écrit, avec accusé de réception. Décrivez les lieux, joignez photos datées, et demandez explicitement un diagnostic des parties communes, pas un simple passage.
- En location : à votre bailleur, avec copie au syndic.
- Sur la voie publique, terrier au pied d'un arbre, rat visible dans un square, conteneurs débordants : à la Ville, via l'application municipale de signalement DansMaRue, qui géolocalise et transmet au service compétent.
- En cas de risque sanitaire dans un logement et d'inaction du bailleur : au service d'hygiène de la Ville, qui peut diligenter une visite.
Ce qui marche à l'échelle d'un immeuble
Un traitement seul ne tient jamais. Ce qui produit un résultat durable, c'est la combinaison de trois choses, et les deux premières ne coûtent presque rien.
- Supprimer la ressource : conteneurs à couvercle en bon état, sortis et rentrés aux horaires, local poubelles lavé, sacs jamais posés à même le sol, aucun nourrissage d'oiseaux ou de chats dans la cour.
- Fermer les accès : bas de portes du local poubelles et des caves équipés de barres métalliques, soupiraux grillagés à maille fine, passages de canalisations obturés, regards et siphons étanches. C'est l'étape que presque toutes les copropriétés sautent.
- Traiter les cheminements : postes d'appâtage sécurisés et cartographiés dans les communs, relevés à chaque visite, avec un rapport écrit. Un contrat de visites périodiques vaut mieux qu'une intervention ponctuelle : la pression extérieure, elle, est permanente.
Ce qu'il ne faut pas faire
- Poser des raticides en libre accès dans une cour, une cave ou un local commun : c'est dangereux pour les enfants et les animaux, et les cadavres attirent mouches et dermestes.
- Boucher un terrier sans traitement préalable : les animaux ressortent ailleurs, souvent à l'intérieur.
- Nourrir les oiseaux dans la cour. C'est le geste qui alimente le plus sûrement une population de rongeurs, et il est de toute façon proscrit à Paris.
- Attendre que ça passe. Une colonie qui trouve gîte et couvert ne s'en va pas d'elle-même.
Dans votre logement
Si des rongeurs sont entrés chez vous, la démarche est la même que pour les souris, avec deux différences : le rat est néophobe (il évite plusieurs jours tout objet nouveau, ce qui impose de laisser les pièges non armés et appâtés pendant deux à trois nuits avant de les armer) et il passe par des ouvertures plus grandes, à partir de vingt millimètres.
Supprimez la nourriture accessible, cherchez les traces de gras le long des plinthes, piégez sur les couloirs identifiés, et ne fermez les passages qu'une fois les captures terminées.
À retenir
Les rats remontent quand il y a de quoi manger et où se loger. Un local poubelles bien tenu et des accès obturés font plus qu'un traitement isolé, et tout signalement au syndic doit être écrit.